Le Cannet-des-Maures, camp de transit

Qui se rappelle de la cascade du Cannet-des-Maures dans le Var, en août 1956 ?
Voici la photo unique de cette magnifique source où l’on trouvait des milliers de tortues.

De gauche à droite : Raphaël Frèche, Viviane Frèche, Alphonse Chapuis, François Chapuis et Roger Chapuis. Debout : Hélène Frèche

De gauche à droite : Raphaël Frèche, Viviane Frèche, Alphonse Chapuis, François Chapuis et Roger Chapuis. Debout : Hélène Frèche

1956, c’est ça ce que la France leur offre?
1 900 Français d’Indochine (1 200 adultes, 700 enfants) arrivent à Sainte-Livrade. Les enfants sont incroyablement métissés (filles et fils de soldats français, tirailleurs marocains, sénégalais, légionnaires roumains, polonais, émigrés russes, allemands…).

La boue dès leur arrivée. Les autocars déversent leur cargaison humaine sans ménagement. Une seule valise autorisée par famille. Le temps gris, la boue entre les baraquements. Les arrivants sont muets de stupeur : c’était ça ce que la France leur offrait. Des baraquements militaires sinistres. Pas de sanitaires dans les bâtiments, des toits en carton, aucune intimité possible. Pour ces « nha-quê », ce sera plus de 50 années de grisailles et d’humiliation.

Première fête du Têt
La communauté indochinoise de Sainte-Livrade-sur-Lot fête son premier Têt dans le Lot-et-Garonne. Premières photos d’un Nouvel An hors du sol d’Indochine.

Les futiles motifs d’expulsion en 1958

Pour M. Moreau, chef du bureau des Rapatriés d’Indochine (ministère des Affaires étrangères), dans une circulaire confidentielle datée du 20 mai 1958, « les hébergés des centres d’accueil peuvent être mis à la porte, au besoin par la force, s’ils se conduisent mal, sont une cause de désordre ou refusent de faire l’effort nécessaire pour subsister par leurs propres besoins. Au cas où la gendarmerie refuserait de prêter son concours pour une expulsion et où le préfet hésiterait à prendre une responsabilité à cet égard, il serait préférable d’envisager l’intervention d’un arrêté ministériel prévoyant les mesures d’éviction à l’encontre des hébergés qui ne seraient plus en conformité avec les règles dudit arrêté ».
Cliquez ici pour voir le PDF de 3 pages de cette circulaire.

En réponse à cette circulaire, voilà comment le sieur E. Bretonnière de Checque, premier directeur (dans l’ordre chronologique) du camp, a réagi. Pour ce monsieur, si un rapatrié a un enfant qui habite près de chez lui et possède une maison, il doit quitter le camp et venir habiter chez son enfant (lettre ci-dessous du 23 juin 1956) car il se conduit mal. Dès qu’un rapatrié possède une télévision ou une voiture (lettre ci-dessous du 3 septembre 1963), il sème le désordre et doit être expulsé… Aberrant et affligeant !


En 1959, l’arrêté Morlot stipulait que l’acquisition d’un poste de radio devait être interprété comme un signe extérieur de richesse passible d’expulsion. Il fallait donc soit s’enrichir d’un coup pour espérer quitter le camp, soit durer dans la survie.

La pagode du culte aux Génies (Lên dông)

A Sainte-Livrade, chacun a reconstitué son « coin d’Asie », une parcelle du passé perdu. Ainsi, non loin de la chapelle catholique, une pagode a été aménagée par les bouddhistes du C.A.F.I. Adeptes d’un bouddhisme hétérodoxe, des femmes y perpétuent le culte aux Génies du Nord-Viêtnam, un culte vietnamien de possession (Lên dông). Un rite unique en Europe. La fréquentation de la pagode était à son apogée de 1956 aux années 1975-1980. Elle a ensuite décliné suite à la disparition et au vieillissement des Ba Dong. La pagode est actuellement inutilisée et est dans un état de délabrement. Sa rénovation sera terminée au printemps 2014 et la pagode fera partie intégrante du lieu de mémoire du camp.

A l’intérieur de la pagode se trouvent le temple des Génies des Quatre-Palais, son Panthéon et ses représentations. Une Ba Dong (servante des Génies) offre une cérémonie où s’incarnent les différents Génies. Un plateau d’offrandes aux âmes errantes est préparé, les vêtements des Génies que revêtira la Ba Dong sont repassés.

Les fidèles en prière. Au premier rang, de gauche à droite : Mmes Kasparian, Tam, Gaye, Guermier, Chalumeau, Ty ; deuxième rang, de gauche à droite : maman de Mme Crasbercu, ????, Chau, Lecrenn, Sassi, Lay, Le Van Ra, mémé Rubillais ; troisième rang, de gauche à droite :  Mmes Parquier, ????, mémé Henri, Guyon de Chemilly, Pataki ;  quatrième rang, de gauche à droite : Mmes Gervais, Guène, Diop, Martin, Savary, ???? ; au fond : MM Lamy (assis), Lecoury, Mme Gaspard, mémé Lejeune.

Les fidèles en prière. Au premier rang, de gauche à droite : Mmes Kasparian, Tam, Gaye, Guermier, Chalumeau, Ty ; deuxième rang, de gauche à droite : maman de Mme Crasbercu, ????, Chau, Lecrenn, Sassi, Lay, Le Van Ra, mémé Rubillais ; troisième rang, de gauche à droite : Mmes Parquier, ????, mémé Henri, Guyon de Chemilly, Pataki ; quatrième rang, de gauche à droite : Mmes Gervais, Guène, Diop, Martin, Savary, ???? ; au fond : MM Lamy (assis), Lecoury, Mme Gaspard, mémé Lejeune.

En prière et se cachant le visage sous le voile rouge de la prise de possession, la Ba Dong est tour à tour possédée par plusieurs Génies. Au second plan, on reconnaît Mmes Martin, Revue, Isnard. © Gluntz

En prière et se cachant le visage sous le voile rouge de la prise de possession, la Ba Dong est tour à tour possédée par plusieurs Génies. Au second plan, on reconnaît Mmes Martin, Revue, Isnard. © Gluntz

La pratique consiste à organiser des cérémonies pendant lesquelles les Génies seront sollicités pour qu’ils s’incarnent. La pratiquante est alors possédée par l’esprit qu’elle invoque. Pendant toute la cérémonie, le public, composé d’autres invités, pratiquants et adeptes, participe à plusieurs niveaux. Il contemple la venue des divinités, les vénère, leur fait des offrandes, dialogue avec elles pour solliciter la sérénité dans la vie (situation familiale, santé, prospérité…) et, éventuellement, une divination à propos d’une question plus concrète. Les Génies descendent un par un, en la personne qui sert, sollicités par les musiciens et les acolytes. Chacun des Génies siège, donne des conseils, officie, exprime en quelques minutes les traits les plus marqués de son caractère, de sa vie ou de son histoire… puis s’en va pour permettre à un autre génie d’apparaître…
La Ba Dong habillée par les pratiquantes. Les musiciens sont à l'arrière-plan. © Gluntz

La Ba Dong habillée par les pratiquantes. Les musiciens sont à l’arrière-plan. © Gluntz

Les musiciens chantent des louanges aux divinités, les invitent à venir, décrivent leur vie avec leurs pouvoirs et leur générosité, chantent également l’obéissance du public pratiquant. Ils chantent surtout au nom de la personne qui sert, qui a organisé la cérémonie à la gloire des Génies. Chaque divinité a sa propre musique et son texte particulier, aucune erreur ne doit être commise, aucune parole ne doit être mal placée, pour le bien-être des divinités, du public, du temple et de la personne qui sert.
Le reportage papier, Un coin d’Asie sur une terre française (4 pages), que vous allez lire, date de 1963. Il a été réalisé grâce aux travaux de Pierre-Jean Simon et Ida Simon-Barouh, chercheurs au CNRS, qui ont séjourné pendant plusieurs mois au C.A.F.I. cette année-là. Ils ont aussi tourné un documentaire de 52 minutes sur le culte des Génies. Vous pouvez regarder un extrait de 15 mn de ce film à la rubrique «La presse et le C.A.F.I.».
Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le PDF de 4 pages de l’article : https://cafi47.files.wordpress.com/2013/10/pagode1.pdf

L’évolution du camp, de 1956 à 1986

Un exposé de 4 pages écrit par la direction du camp qui raconte l’histoire du Centre d’accueil des Français d’Indochine, de l’arrivée des rapatriés en 1956 jusqu’en 1986, date de ce document (cliquez sur les photos pour les agrandir).

« Qui habitait dans ce bâtiment ? »
Tout d’abord, pour vous repérer aisément, une vue aérienne du camp avec tous les bâtiments numérotés, l’église, la pagode, les épiceries et les bâtiments détruits (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Vue aérienne
Nous allons maintenant vous présenter, bâtiment par bâtiment (de A à Z), le nom de chaque famille qui y habitait. Beaucoup de rapatriés ont déménagé, non seulement en dehors du camp mais aussi à l’intérieur même du centre d’accueil. Cette liste est donc seulement un instantané de la population du camp en 1973 (toutes les photos appartiennent à la CEP).

Vieille dame et son chien

Vieille dame et son chien

Le C.A.F.I., en 1975, aurait pu accueillir des «boat people»

Officiellement la guerre du Viêt Nam s’est terminée avec les accords de Paris en 1973 signés entre les États-Unis et la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam), la République du Viêt Nam (Sud Viêt Nam) et le Gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud Viêt Nam formé par le Front national de libération (Viêt Cong). Ces accords permettaient aux troupes américaines de se retirer du pays. Officieusement la guerre continua jusqu’au 30 avril 1975 avec la prise de Saigon par les Nord-Vietnamiens.

Les espoirs de paix, après dix ans de guerre, ne sont pas à l’ordre du jour. Depuis la récente réunification du Viêtnam, des milliers de Vietnamiens tentent de fuir leur pays. C’est la répression menée par le régime communiste de Saigon qui les pousse à s’entasser dans des bateaux et à quitter le pays depuis le port de Haiphong. Surnommés les « boat people », ces hommes, femmes et enfants qui ne savent pas où aller, vivent à bord dans des conditions de sécurité et d’hygiène précaires.
La recherche d’un meilleur niveau de vie, l’aspiration à la liberté et à l’instruction pour les enfants sont déterminants dans la décision de partir. Le voyage conduit les plus nombreux dans les camps gérés par le HCR avant d’être accueillis par un pays occidental.

Le Dr Daoulas, médecin militaire du CAFI

Le Dr Daoulas, médecin militaire du CAFI

C’est dans ce contexte que, en 1975, le docteur Daoulas, médecin militaire du camp de Sainte-Livrade, proposa aux diverses autorités et personnalités de recueillir des « boat people » au C.A.F.I. Pour lui, il n’y a pas actuellement (nous sommes en 1975) un endroit en France plus apte à réchauffer le cœur de ceux qui ont souffert et qui continuent de souffrir. Le C.A.F.I., bien que vétuste et offrant des conditions d’habitat assez précaires, pourrait recevoir, en plus de ses habitants actuels, 500 réfugiés du Viêt Nam.
Il s’est ensuivi une longue correspondance avec des personnalités, des associations, des représentants de l’Etat. Nous remercions madame Daoulas et ses enfants qui nous ont fourni ces documents que nous mettons à votre disposition. Ils sont classés par ordre chronologique (cliquez sur ce lien pour voir le PDF de 16 pages de correspondances).
Voici les quelques réponses que le docteur Daoulas a reçues (cliquez sur ce lien pour voir le PDF de 5 pages de réponses).
Comme vous le savez, il n’y a pas eu de suites et aucun « boat people » n’est arrivé dans le Lot-et-Garonne.

Manifestation du 20 novembre 2004 : les raisons de la colère

Avant la manifestation des habitants du C.A.F.I. dans les rues de la commune et devant la mairie, les associations du centre d’accueil ont distribués ce tract à l’intention de tous les Livradais pour leur expliquer la raison de leur mécontentement.


Le 20 novembre 2004, pour la première fois depuis leur arrivée en 1956, les Français d’Indochine manifestent leur mécontentement dans les rues de Sainte-Livrade. Ils protestent contre la démolition programmée du C.A.F.I. et sa réhabilitation.
Cette vidéo de 1 heure montre la manifestation dans les rues de la ville et devant l’hôtel de ville. Les manifestants sont ensuite reçus par le maire et le conseil municipal. Ils ont pu exprimer de vive voix leur hostilité et leur méfiance vis-a-vis de ce projet. Question et réponses de la part des deux parties…

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